Études et inventaires de terrain

Inventaires communaux : intérêt et méthode

Publié le 23 mai 2012 par Thomas Hermant

Pourquoi réaliser des inventaires communaux ?

Pour optimiser la protection et la conservation des différentes espèces animales, il est primordial de bien les connaître. Telle est la devise de Picardie Nature : « mieux connaître pour mieux protéger ».

Cependant, à l’heure actuelle, certaines communes de Picardie sont encore très mal connues d’un point de vue naturaliste. En regardant la carte du nombre d’espèces par commune dans la région, ce manque est flagrant. Il peut être lié à divers facteurs :
- certains secteurs peuvent parfois être peu attractifs pour les naturalistes (nombreuses grandes cultures, pas ou peu de zones humides, etc.) ;
- mais il peut également s’agir de zones où ne réside aucun naturaliste.

C’est ainsi que certaines espèces très communes (le Moineau domestique, le Merle noir, le Pinson des arbres, la Coccinelle à 7 points, la Piéride de la rave, la Pipistrelle commune, etc.) se retrouvent absentes de certains secteurs alors qu’on peut raisonnablement supposer qu’elles sont présentes sur une grande partie voire dans toutes les communes de la région.

Pour palier à ces manques de prospections, et par conséquent aux lacunes qui en découlent, il est donc important de prospecter ces zones habituellement désertées par les naturalistes.
En plus d’apporter des informations faunistiques supplémentaires, elles permettent aussi de découvrir des zones intéressantes non connues et pouvant accueillir des espèces remarquables (exemple : vieux vergers, coteaux, boisements, etc.) ou des espèces remarquables dans des zones dites moins riches (exemple : Œdicnème criard dans les grandes cultures).

Comment réaliser ces inventaires ?

Où les réaliser ?

Dans la région, on peut considérer qu’une commune sur laquelle plus de 100 espèces ont déjà été recensées est une commune qui a déjà fait l’objet de plusieurs inventaires, donc un certain état initial existe.
Par conséquent, il est plutôt intéressant d’orienter les inventaires sur des communes comptant moins de 100 espèces connues (cf carte).

Pour ce type d’inventaire, et afin d’augmenter les chances de rencontrer un panel représentatif des espèces de la commune, il est primordial de réaliser un partage homogène des prospections sur les différents milieux présents sur la commune. Ainsi, divers endroits doivent être visités :
- secteurs avec habitations (Moineau domestique, Martinet noir, Chouette effraie, etc.)
- cultures (Perdrix grise, Alouette des champs, Petite tortue, etc.)
- bosquets et bois (Carabes, Pics, grands mammifères, etc.)
- zones humides (Canards, Odonates, Amphibiens, etc.)
- prairies et vergers (Tarier pâtre, Chouette chevêche, etc.)
- jachères (Papillons, Coccinelles, etc.)
- mares (Amphibiens, odonates, etc.)
- etc.

L’idéal est de préparer le terrain en listant les différents milieux présents sur la commune. Le plus simple est de s’appuyer sur une carte IGN et en complément, sur des photos aériennes. Cela peut permettre de détecter des zones intéressantes et qui ne seraient pas visibles sur place depuis les routes, sans préparation préalable de la séance de terrain.

Quand les mener ?

Afin de recenser au mieux un maximum de groupes faunistiques, il est important de cibler ses prospections dans le temps.
Trois facteurs principaux sont alors à prendre en compte :
- la saison
- l’heure de la journée
- la météorologie

Ainsi, des prospections en hiver permettront de contacter par exemple des oiseaux hivernants (Grives, Canards, etc.) et des chauves-souris en hibernation (cavités souterraines, caves, etc.), tandis que des prospections printanières permettront de recenser les amphibiens, les reptiles et les oiseaux migrateurs de retour chez nous pour la nidification. Les sorties estivales sont quant à elles plutôt favorables à l’observation des insectes (papillons, orthoptères...), et l’automne peut être l’occasion de prospecter les mollusques quand il ne gèle pas.

L’heure des prospections est également importante. Ainsi, les prospections à l’aube sont à privilégier pour les oiseaux, plus actifs en début de matinée. Puis, plus tard dans la journée, avec la montée des températures, ce sont les insectes qui en profitent pour sortir. Enfin, la nuit permet par exemple de rechercher les amphibiens ainsi que les papillons et rapaces nocturnes.

Les conditions météorologiques sont également un facteur à prendre en compte. Les journées ensoleillées et sans vent sont à privilégier pour l’étude des insectes, les journées humides pour les mollusques, les soirées douces et humides pour les amphibiens, les soirées douces et sans vent pour les papillons de nuit, etc.

En pratique 10 passages d’une demi-journée dans une année sur une commune de taille moyenne feront considérablement évoluer l’état des connaissances avec souvent à la clé la découverte de nouvelles stations d’espèces rares et/ou menacées (en nombre variable selon la qualité des milieux présents dans la commune).

Comment les mener à bien ?

Différentes techniques d’étude sont souvent nécessaires pour inventorier au mieux la faune et accroître les chances de détecter un maximum d’espèces dont certaines seront de fort intérêt patrimonial.
Pour certains groupes comme les oiseaux, de simples points d’écoute et d’observation suffisent à détecter un panel très varié d’espèces.
Par contre pour d’autres groupes, il faut parfois adapter les méthodes de prospection.
Pour les insectes vivant dans la végétation au sol, un filet fauchoir (sorte de filet à papillons renforcé pour faucher dans l’herbe) peut être utilisé. Pour les insectes vivant dans les arbres, le plus adapté est un parapluie japonais (toile tendue par deux cannes que l’on place sous des branches que l’on frappe avec un bâton pour faire tomber les insectes). Il est également indispensable d’utiliser des sources lumineuses comme un drap et une lampe pour attirer les papillons de nuit. En ce qui concerne la recherche des amphibiens, un filet troubleau peut permettre de trouver des amphibiens dans les mares ou les ornières. Pour trouver des reptiles, il est conseillé de regarder sous les tôles, les morceaux de bâches, etc. quand on en trouve sur les coteaux par exemple.
Pour les petits animaux tels que les insectes ou les mollusques, il est souvent utile, voire impératif, de photographier le ou les individus observés afin de pouvoir soit l’identifier avec des guides au retour de la prospection, soit les diffuser sur les listes de discussions des différents réseaux de l’association ou à des spécialistes afin d’obtenir une aide à l’identification.

Comment les valoriser ?

Un inventaire qui reste dans nos mémoires ou dans nos carnets n’aura finalement que peu d’intérêt pour la protection de la faune. C’est pourquoi il est très important de consigner ses données, après chaque inventaire, dans la base de données en ligne Clicnat. Cet outil créé par Picardie Nature a pour objectif de faciliter la mutualisation des données en vue d’améliorer la connaissance et la protection de la faune régionale et également de porter à la connaissance de chaque citoyen un maximum d’informations sur cette dernière. Sa simplicité d’utilisation (il suffit de se créer un compte, si cela n’est pas déjà fait) permet à chacun de saisir ses observations.

L’ensemble des éléments ci-dessus, tous combinés les uns avec les autres, permet de réaliser un inventaire représentatif et poussé des espèces de faune présentes sur n’importe quelle commune de la région et peut ensuite par exemple concourir à mettre en place de nouvelles ZNIEFF (Zones Naturelles d’Intérêt Écologique Faunistique et Floristique) qui constituent des zones d’inventaires qui sont prises en compte dans les politiques d’aménagement du territoire.
C’est ainsi que chacun d’entre nous peut apporter sa pierre à l’édifice !


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