Les espèces picardes

La sixième extinction massive des animaux est aussi dans votre jardin !

Publié le 19 juillet 2017 par Sébastien Legris, Thomas Hermant

À l’heure où de nombreux médias tirent la sonnette d’alarme sur la disparition des espèces animales à l’échelle planétaire, chacun connaît la triste situation du lion en Afrique, de l’ours blanc au Pôle nord et de nombreuses autres espèces emblématiques de contrées lointaines. Mais savez-vous que ce risque de disparition de nombreuses espèces frappe aussi à notre porte ?

Attardons-nous pour commencer sur le cas des oiseaux. On constate qu’un grand nombre d’espèces familières de nos jardins est concerné. Par exemple, les chiffres du Museum National d’Histoire Naturelle (MNHN) indiquent un déclin de 41% pour l’Hirondelle rustique et de 31% pour le Chardonneret élégant au cours de ces 10 dernières années en France.

Hirondelle rustique et Chardonneret élégant


Les mammifères ne sont pas en reste puisque à titre d’exemple, certains experts estiment que le Hérisson d’Europe aurait perdu 70% de ses effectifs nationaux au cours des 20 dernières années. La Pipistrelle commune, petite chauve-souris bien répandue sur le territoire, aurait quant à elle subi un déclin de 50% sur la période 2006-2011 selon une étude portant sur les chauves-souris coordonnée par le MNHN.

Hérisson d’Europe et Pipistrelle commune


Du côté des insectes, la situation n’est pas plus réjouissante. Le simple exemple des papillons est éloquent. L’Agence Européenne de l’Environnement a publié en 2013 une étude montrant une diminution de moitié des effectifs de papillons de prairies en 20 ans. Cette constatation est également confortée par l’Observatoire de la biodiversité des jardins qui indique que sur 28 espèces et groupes d’espèces de papillons observés en France, 22 montrent une tendance à la baisse (Amaryllis, Belle Dame, Vulcain, Machaon...).

Amaryllis et Belle dame


Cette perte rapide de biodiversité s’explique par plusieurs facteurs tels que la dégradation et l’homogénéisation des paysages (disparition des haies, prairies, zones humides...), les changements climatiques, l’urbanisation et le développement des axes de communication (extension et multiplication des ZAC, fragmentation des habitats naturels par les routes, les voies ferrées...), le développement de certaines espèces exotiques envahissantes, l’utilisation des produits phytosanitaires, la destruction des espèces (suppression des nids d’hirondelles, braconnage...), etc.

Écureuil roux mort suite à une collision avec un véhicule et haie fraîchement détruite


Certes il n’est pas simple de lutter individuellement contre ces menaces mais chaque citoyen peut agir pour lutter contre ce phénomène.
Une légende amérindienne reprise par Pierre Rabhi raconte qu’un jour, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : "Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! "
Et le colibri lui répondit : "Je le sais, mais je fais ma part."

C’est pourquoi il est important que chacun contribue à sa propre échelle à la préservation de la biodiversité. Quelques actions sont faciles à mettre en oeuvre : le maintien de bandes enherbées dans les jardins, la pose de nichoirs, la favorisation de plantes locales (marguerite, origan, trèfle...), la non utilisation de produits phytosanitaires, la transmission de ses observations de faune pour mieux la connaître et mieux la protéger et tous les petits gestes du quotidien qui favorisent la préservation de l’environnement.

Soyons tous des colibris !

Bande d’herbe non fauchée avec origan dans un jardin et nichoir à mésanges occupé par un Lérot


Zoom sur les Listes Rouges picardes

[Accéder aux Listes Rouges]


En 2009 puis en 2015-2016, d’importants travaux animés par Picardie Nature avec l’appui de divers spécialistes de la faune sauvage en Picardie (bureaux d’études, associations de protection de la nature, gestionnaires d’espaces naturels, fédérations de chasse...) ont permis d’évaluer le niveau de menace sur notre territoire des espèces de plusieurs groupes de faune tels que les oiseaux, les mammifères, les amphibiens, les reptiles, les libellules, les papillons, les araignées, etc. Cette évaluation basée sur une méthodologie proposée par l’UICN (Union Internationale de Conservation de la Nature) a permis d’obtenir des résultats sans appel ! Ainsi, sur 666 espèces évaluées dans notre région, 164 ont été placées dans l’une des 3 catégories de menace suivantes : "Vulnérable", "En Danger" ou "en danger Critique d’extinction", soit 25% des espèces pour lesquelles une forte régression, voire une disparition, est à craindre sur notre territoire dans les années à venir.

D’après ce travail, on constate que cette menace affecte tout particulièrement certains groupes d’animaux sur notre territoire. En effet, 42% des amphibiens et reptiles, 35% des oiseaux, 31% des papillons de jour et 30% des chauves-souris sont menacés par exemple à l’échelle de la Picardie.

Quelques liens utiles :
Accueillir la faune au jardin
S’informer sur la faune picarde et transmettre ses observations
En savoir plus sur les Listes Rouges picardes


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