HARO SUR LES EOLIENNES

Publié le 15 septembre 2015 par Patrick Thiery

La polémique sur le développement de l’éolien en Picardie et en particulier dans la Somme a pris une dimension nouvelle avec une série de plaintes déposées par des associations et des particuliers pour des suspicions de prises illégales d’intérêt impliquant des élus locaux. Pour Patrick THIERY, président de l’association régionale PICARDIE NATURE, il fallait s’y attendre. En zone rurale on observe depuis longtemps des comportements similaires lors de l’élaboration des PLU par exemple. Des surfaces deviennent constructibles et immédiatement les propriétaires tirent leur épingle du jeu. Pour l’implantation des mâts des éoliennes, c’est pareil, de là à influencer le maire de la commune pour en avoir sur ses terres, il n’y a qu’un pas que l’instruction des plaintes déposées permettra de clarifier.

Pour autant, PICARDIE NATURE demeure favorable au développement de l’éolien en Picardie et l’explique dans une position diffusée sur son site Internet. L’association appelle les citoyens à faire preuve de discernement et ne pas jeter le bébé avec l’eau (sale ?) du bain. Pour de multiples raisons c’est faire preuve d’inconséquence que de vouloir discréditer la production d’électricité à partir de l’éolien, en France en général et dans notre région en particulier, à fort potentiel.

1- Rappel historique

Notre pays avait la possibilité de développer une filière industrielle et publique à partir de cette source d’énergie inépuisable. Du temps où EDF était une entreprise publique, cette option n’a pas été retenue, préférant le tout nucléaire et la France a pris du retard en recherche et développement, laissant l’Allemagne faire la course en tête. Lorsque les pays européens ont déterminé un objectif de 20 % d’énergie renouvelable d’ici 2020, le législateur, pour rattraper le retard pris par notre pays, a libéralisé le marché pour booster la construction d’éoliennes avec des avantages mais aussi des inconvénients prévisibles : mauvaise qualité des études d’impact, absence de schéma régional, de zones de développement éolien, peu de règles sur les distances, le nombre de mât, la puissance par ferme éolienne, l’absence d’équité entre la commune bénéficiaire qui habilement a placé les éoliennes sur son territoire mais loin des habitations et le village voisin qui voit son paysage modifié sans recevoir aucune manne. Progressivement des règles sont apparues, au gré des contentieux, mais un peu tard pour les éoliennes implantées trop près des habitation ou celles dont le modèle de pales est très bruyant.

2- Le partage des retombées économiques et l’investissement participatif

Le dispositif de rachat de l’électricité produite à partir des énergies renouvelables est décrié et des citoyens dénoncent les avantages offerts aux entreprises privées et réclament une participation directe du public ou indirecte par le biais de régies communales ou intercommunales.

Savent-ils que nos députés et nos sénateurs ont tergiversé sur cette question lors de la préparation de la loi sur la transition énergétique.

Un projet d’article sur « l’investissement participatif aux projets de production d’énergie renouvelable » avait été proposé, Il a été ensuite supprimé en première lecture à l’Assemblée Nationale puis rétabli par les sénateurs sous la forme suivante :
« Les sociétés constituées pour porter un projet de production d’énergie renouvelable, et régies par le livre II du code de commerce ou par les articles L. 1521-1 et suivants du code général des collectivités territoriales, doivent, lors de la constitution de leur capital, en proposer une part, dans des délais acceptables pour la viabilité du projet, aux collectivités territoriales sur le territoire desquelles est implanté le projet et une part aux habitants résidant habituellement à proximité du projet ».

Finalement en seconde lecture à l’Assemblée Nationale le caractère obligatoire de cette participation publique est devenu facultatif !

3- les enjeux locaux et les objectifs de production d’électricité

Les énergies renouvelables ont atteint en France 14,2 % de la consommation finale d’énergie en 2013 au lieu de 15%. Pour répondre au protocole de Kyoto, nous devrons donc produire d’ici 2020 13 millions de tonnes équivalent pétrole supplémentaires d’éolien, de solaire, de bois-énergie ou encore de biogaz, pour respecter l’objectif de 23 %. Cela représente un progrès 1,75 fois plus important que celui réalisé entre 2005 et 2013. Les enjeux les plus importants pour l’électricité concernent l’éolien terrestre et maritime.

Pour Picardie Nature les priorités sont avant tout d’orienter la société française vers un changement de son mode de fonctionnement en favorisant d’abord les économies d’énergie, la sobriété énergétique ainsi que l’efficacité énergétique. L’urgence est clairement de consommer moins d’énergie à l’échelle nationale et régionale. Mais, puisqu’il faut malgré tout produire de l’énergie, le développement des énergies renouvelables est une impérieuse nécessité.

Dans le panel des solutions locales, la Picardie ne possède que peu de sources d‘énergies renouvelables permettant de produire localement :
• le solaire est relativement peu performant dans notre région,
• le potentiel hydro-électrique régional est très réduit et sa mobilisation, quand elle est économiquement viable, n’est pas favorable en général à la faune et la flore aquatiques : (envasements, ennoiement de frayères, réduction de la libre circulation des poissons, etc.),
• les ressources bois-énergie sont déjà en train d’être abusivement sollicitées sans aucune anticipation de l’impact sur la biodiversité (les vieux peuplements et les gros bois, fondamentaux pour la biodiversité forestière, sont devenus rarissimes en Picardie) ni sur l’ensemble de la filière bois.
L’énergie éolienne, en synergie avec les autres énergies renouvelables, doit devenir un contributeur majeur du futur « mix » énergétique français dénucléarisé et décarboné, pourvoyeur d’emplois de maintenance au cœur des territoires, notamment ruraux.

4- Toutes les associations “écolos” dans le même panier ?

PICARDIE NATURE entend se démarquer d’une autre association régionale, PICARDIE ENVIRONNEMENT DURABLE, adhérente de la FED, très organisée pour créer des associations locales d’opposants aux éoliennes et portant ouvertement sur leur site Internet un discours en faveur des centrales nucléaires en proposant “une liste de documents démontrant que l’éolien industriel est absolument incapable de remplacer la moindre centrale nucléaire”. La messe est dite !

Patrick THIERY, président de PICARDIE NATURE s’appuie sur le préambule de la charte de l’environnement adossée à la constitution française voulue par Jacques Chirac pour proposer aux citoyens picards de méditer sur un autre raisonnement.

Préambule :

Le peuple français, considérant :
Que les ressources et les équilibres naturels ont conditionné l’émergence de l’humanité ;
Que l’avenir et l’existence même de l’humanité sont indissociables de son milieu naturel ;
Que l’environnement est le patrimoine commun des êtres humains ;
Que l’homme exerce une influence croissante sur les conditions de la vie et sur sa propre évolution ;
Que la diversité biologique, l’épanouissement de la personne et le progrès des sociétés humaines sont affectés par certains modes de consommation ou de production et par l’exploitation excessive des ressources naturelles ;
Que la préservation de l’environnement doit être recherchée au même titre que les autres intérêts fondamentaux de la Nation ;
Qu’afin d’assurer un développement durable, les choix destinés à répondre aux besoins du présent ne doivent pas compromettre la capacité des générations futures et des autres peuples à satisfaire leurs propres besoins,

Les éoliennes géantes installées dans nos campagnes sont dotées de turbines prévues pour fonctionner environ 25 ans sur des mâts autorisés pendant 50 ans. Pendant son exploitation, la production d’énergie électrique ne génère pas de déchets hautement toxiques et les impacts négatifs (paysager et sonore) ne touchent que les générations qui profitent de l’énergie ainsi produite à partir d’une ressource, rappelons le, inépuisable. A l’issue de l’exploitation d’une ferme éolienne, celle-ci peut être démantelée et les matériaux récyclés (métaux) ou laissés sur place (assise en béton) car inertes.

Les centrales nucléaires ont, certes, un rendement remarquable et un fonctionnement constant mais elles sont alimentées avec un minerai, l’uranium dont les gisements exploitables ne sont pas sur notre territoire, sont connus et ne sont pas inépuisables. L’augmentation des besoins en uranium pour une utilisation civile a d’ailleurs multiplié le prix de la tonne par 10 depuis 2001.
Indépendamment des accidents (cf Tchernobyl, Fukushima), la production d’électricité par les centrales génère un déchet hautement toxique pour les générations actuelles, mais surtout pour nos descendants à qui nous laissons la charge financière inhérente à la gestion en sites sécurisés.

En économie, pour déterminer le coût d’un produit on peut internaliser ou externaliser des contraintes. Si l’on internalise dans le prix du KW produit par les centrales nucléaires françaises le coût de gestion ( pendant des siècles !) des déchets radioactifs qu’elles ont produit, la facture sera bien plus élevée que le coût de production d’électricité à partir du vent ou du soleil.

Faut-il être un adulte responsable qui endosse la charge des inconvénients des éoliennes géantes ou un parent qui laisse à ses enfants et petits enfants (et arrière-petits enfants …) la gestion coûteuse et dangereuse des déchets qu’il a produit.

Précisions :
L’association régionale PICARDIE NATURE, adhérente à France Nature Environnement, intervient depuis de nombreuses années pour améliorer la qualité des études d’impact des projets éoliens par le biais de l’observatoire de la faune sauvage qu’elle a développé. Respectant la philosophie de la convention européenne d’Aarrhus qui vise à développer l’information environnementale auprès des citoyens, l’association répond aux sollicitations des bureaux d’études chargés de réaliser les études d’impact pour les éclairer sur les enjeux concernant la faune volante (oiseaux et chauve-souris) impactable par un projet éoliens. A l’occasion d’une enquête publique, une étude d’impact peut ainsi faire référence à des données de l’association, tout comme l’INRAP peut fournir des informations archéologiques. Cela ne signifie pas qu’elle est favorable à l’implantation d’éolienne n’importe où. Pour favoriser l’accès aux données faunistiques des espèces à enjeu, l’association a mis en ligne sur son site internet une carte des enjeux chiroptérologiques reconnue par la DREAL Picardie, chargée d’instruire les projets éoliens et qui demande désormais aux porteurs de projets éoliens de consulter le document.

Patrick THIERY


Mots clés : Clicnat Parc Naturel Marin Migration Partager : http://l.picnat.fr/hws

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