Eoliennes terrestres

Enquête publique sur le projet du parc éolien des "Moulins de la Somme" à Bernaville

Publié le 30 janvier 2009 par Yves

Monsieur le Commissaire enquêteur,

Nous avons pris connaissance du dossier présenté par la société SARL « les Moulins de la Somme » relatif au projet d’implantation de 37 éoliennes sur le territoire de la commune de Bernaville.

Nous nous sommes intéressés à l’étude d’impact et plus précisément au volet sur la faune volante. Bien que nous n’ayons aucune réticence au développement de l’éolien, nous estimons cette étude insuffisante sur plusieurs points.

Seules quelques références bibliographique apparaissent dans le document. Or pour les inventaires faune et flore, il est nécessaire de réaliser au préalable un travail bibliographique conséquent (études, publications, revue naturalistes...) permettant d’obtenir le plus d’information possible sur la faune et la flore d’une manière générale, mais aussi au niveau local. À partir de là, le bureau d’étude pourra organiser son travail en fonction des éléments qu’il a à sa disposition et de ce qu’il est susceptible de trouver sur le terrain. Il pourra ainsi réaliser un inventaire le plus complet possible.

L’étude des chiroptères

En ce qui concerne l’étude des chiroptères (chauves-souris)
Pour la réalisation des études sur les chauves souris nous nous basons sur les recommandations de la SFEPM (Sociète Francaise pour l’Etude et la Protection des mammifères) pour les études écologiques des projets éoliens, qui est la référence nationale et sur le protocole eurobat réalisé au niveau européen.

Pour pouvoir réaliser une synthèse exhaustive des données existantes et donc des enjeux potentiels sur la zone il faut travailler sur 10 km autour du projet. Sans compter une synthèse sur les enjeux à 20 à 30km autour du projet pour tenir compte des capacités à parcourir de longues distances de certaines espèces. Le travail doit porter sur les espèces, les milieux mais aussi la recherche de sites d’hibernations ou de reproduction.

L’emprise du parc même est située sur une zone dominée par les grandes cultures, globalement défavorable aux chiroptères, notamment en tant que terrain de chasse. Si quelques espèces peuvent utiliser les cultures, il doit probablement s’agir essentiellement d’espèces ubiquistes non menacées comme la Pipistrelle commune, présence notamment démontrée lors de l’étude d’impact de Benaville.

Cependant, plusieurs espèces menacées sont susceptibles de traverser le site éolien le long de « routes de vol » pour regagner des gîtes de reproduction, d’hivernage ou des terrains de chasse. Les populations de chiroptères fonctionnent en effet en utilisant des « réseaux » de sites (de parturition, d’hibernation, de transit, d’accouplement, de chasse…) qui sont reliés entre eux par des itinéraires aériens appelés « routes de vol ». Certaines espèces rares et menacées utilisent ainsi des territoires dans un rayon de 10 à 20 km (parfois plus) autour des colonies de reproduction et des sites d’hibernation (Murin à oreilles échancrées, Grand Murin…).

Dans un rayon de moins de 15 km du site, plusieurs sites d’intérêt sont connus et non pris en compte dans l’étude d’impact du projet éolien de Bernaville : carrières de Beauval, citadelle de Doullens, cavités de Candas, qui sont autant de sites abritant des chiroptères rares et menacés : Grand Murin, Murin à oreilles échancrées, Grand Rhinolophe ; espèces ayant un rayon d’action pouvant atteindre les 20 km autour de leur site d’hibernation et/ou de reproduction.

Les « routes de vol » utilisées par les chauves-souris, suivent essentiellement les éléments structurants du paysage (vallées sèches, haies, lisières, bosquets, talus, chemins…). Cependant, les espaces de plein champ peuvent également être traversés, en particulier lorsqu’ils séparent des territoires de chasse relativement proches. Cette situation est probable sur la zone d’emprise du futur parc éolien, où plusieurs trajectoires de vol (potentielles) peuvent être identifiées.

Ces trajectoires peuvent, en particulier, être utilisées par le Murin à oreilles échancrées (menacé et protégé en France et en Europe), avec des individus provenant du nord de la zone d’étude (colonie d’Outrebois).

Les transits au dessus du parc pourraient également concerner d’autres espèces d’intérêt patrimonial, comme le Grand Murin et éventuellement le Grand Rhinolophe, les Oreillards….

Il parait donc indispensable de réaliser un complément d’étude, avant la mise en place du parc éolien de Bernaville, qui permettrait de considérer les espèces rares et/ou menacées précédemment citées (recherche de route de vol au dessus du site). Un tel suivi devrait aller au delà d’une simple étude à l’aide d’un détecteur d’ultrasons, en utilisant des moyen d’études complémentaires, combinant diverses techniques (recherche des colonies de reproduction, observations crépusculaires, radiopistage, pastille phospholuminescente.... )

Les impacts cumulatifs

D’autre part, il nous semble que les auteurs de cette étude oublie certains aspects important comme la prise en compte de l’effet cumulatif de projets réalisés, en cours de réalisation ou prévu sur la zone et fassent preuve de beaucoup trop d’approximations quant à la connaissance de la faune volante pour que nous puissions être assurés qu’il n’y aura pas d’impact important sur celle-ci.

De plus, le Ministère de l’Environnement, du Développement Durable et de l’Aménagement du Territoire recommande vivement dans son guide de l’étude d’impact de l’environnement des parcs éoliens la prise en compte de l’effet cumulatif des impacts des parcs éoliens, mais aussi de mettre en place un suivi de l’impact écologique.

Ce suivi est essentiel car étant donné la dimension de ce parc éolien et la méconnaissance actuelle des impacts à long terme des parcs éoliens, il est absolument nécessaire de mettre en place un suivi pluriannuel afin d’évaluer au plus juste l’impact écologique des parcs éoliens.

Au regard des éléments présents dans ce dossier, nous estimons que l’étude des chiroptères est trop insuffisante par rapport à la richesse et la sensibilité du site, nous demandons alors une étude supplémentaire afin d’évaluer au plus juste l’impact du parc éolien sur la faune volante. Nous demandons également la mise en place d’un suivi pluriannuel. Ce parc, d’une grande dimension, préfigure ce que seront les futurs parcs éoliens et il est nécessaire d’évaluer les effets de ces parcs sur l’environnement.

Demeurant à votre disposition, nous vous prions de croire, Monsieur le Commissaire-enquêteur, en l’assurance de nos salutations respectueuses.


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