Dans le cadre du Plan Régional d’Actions en faveur des Chiroptères, Picardie Nature a organisé une étude fin juillet, sur une espèce de chauve-souris, le Murin de Daubenton (Myotis daubentonii).

Cette espèce est affiliée aux milieux humides [3]. Avec sa technique de chasse particulière en vol au ras de l’eau, M. daubentonii est facilement identifiable à la vue avec un détecteur acoustique actif.
Sa répartition est globalement bien connue en Picardie, pourtant, elle reste peu étudiée.

Seulement quelques maternités de Murin de Daubenton sont connues en région (2 dans l’Aisne et 5 dans la Somme). L’espèce est connue pour gîter dans des arbres durant la mise bas, mais elle peut également utiliser des gîtes de type bâti (maisons, ponts, granges, moulins, etc.) [4]. En effet, les ouvrages d’art peuvent être particulièrement prisés par l’espèce s’ils sont favorables, car se situant au-dessus de cours d’eau, là où elle vient s’alimenter (voir [1] et [2]). Les ponts, endroits calmes, humides et tranquilles, sont aussi des habitats très intéressants pour passer l’hiver.
Les ouvrages d’art peuvent présenter des enjeux considérables pour la faune, comme les Chiroptères. Il est donc primordial de les identifier afin d’anticiper de futurs travaux de réfection, pouvant les impacter.

L’étude menée cette année, avait deux objectifs :
Dans le but de maximiser les chances de trouver une colonie de mise bas dans un ouvrage plutôt que dans un arbre, une analyse paysagère a été faite sur QGIS afin d’identifier des secteurs avec peu de boisements et des ouvrages sur cours d’eau. Ainsi, trois vallées ont été ciblées et les spots de capture ont été repérés : les étangs de Conty et de Loeuilly dans le secteur de la Selle, les étangs d’Ailly-sur-Noye et Remiencourt, et le village de Moreuil sur l’Avre.

Trois femelles post-allaitantes de Murin de Daubenton ont ainsi pu être équipées d’un émetteur (2 femelles sur Conty et 1 sur Remiencourt), afin de les suivre par la suite pendant plusieurs jours, et de localiser leur gîte de mise bas ou d’estivage. Malheureusement, aucune femelle adulte n’a été capturée à Moreuil, mais la capture d’une femelle juvénile confirme bien la présence d’une colonie à proximité (ne volant que depuis quelque temps et les calcifications de ses doigts n’étant pas finalisés, elle n’a pas été équipée d’un émetteur).
Grâce à la pose d’émetteurs sur les femelles post-allaitantes de Murin de Daubenton, 3 arbres gîtes ont finalement été découverts à Conty et à Guyencourt-sur-Noye.

Parmi eux, 1 chêne abritant l’une de ces femelles capturées sur les étangs de Conty, est utilisé comme gîte de maternité pour l’espèce dans le Bois communal de cette commune. Les cavités naturelles qui ont subi une dégradation par pourriture du bois sur des chênes ou hêtres, sont souvent préférées par cette espèce [4 et 5].
Sur 4 comptages en sortie de gîte, le maximum comptabilisé pour la colonie était de 71 individus. C’est le premier arbre de Picardie découvert avec une maternité de Murin de Daubenton aussi importante !
En été, les populations de M. daubentonii utilisent un réseau de gîtes ciblés sur une même zone, pouvant en comporter plus d’une dizaine, et espacés de 10m à 2,5km [6]. De nombreux arbres présentent des loges de pics et des cavités favorables pour l’espèce dans ce bois. Il est donc fort probable que la colonie utilise tout un réseau de gîtes dans ce boisement, car l’effectif de la colonie a été divisé par deux, quelques jours après.
Concernant les deux arbres gîtes découverts, malgré les effectifs plus faibles (moins d’une dizaine d’individus), ils présentent tout de même un intérêt important pour cette espèce de chauves-souris et méritent que nous nous y intéressions afin de les préserver. L’arbre gîte se trouvant dans la vallée de la Noye est situé dans un domaine privé, le propriétaire contacté dans la foulée, a bien voulu nous laisser accès à son boisement ce qui nous a permis de réaliser un comptage en sortie de gîte. Favorable et intéressé par cette découverte, ce propriétaire nous a fait visiter les différents bâtiments et caves lui appartenant. Résultats → observation d’un Murin à museau sombre en transit dans un interstice, plusieurs caves très intéressantes pour l’hibernation ainsi que l’observation d’un nombre important de guanos sous une poutre d’un bâtiment (probablement le signe de la présence d’une colonie de reproduction de chauves-souris, à suivre l’année prochaine !).
Dans la plupart des cas, les distances parcourues entre le gîte et les terrains de chasse sont comprises de quelques centaines de mètres à environ 5km [7]. Le Murin de Daubenton pouvant utiliser un réseau de gîtes comprenant arbres, ponts et bâtiments, 14 ouvrages avec passage de cours d’eau et à proximité des gîtes découverts, ont été prospectés à la recherche d’habitats utilisables par des espèces protégées. Parmi eux, 8 ouvrages présentent des habitats utilisables pour la faune protégée, dont les Chiroptères et les oiseaux.

Les gestionnaires de ces sites (Conseil départemental de la Somme, communes, etc.), seront prochainement interpellés sur ces enjeux, dans le but de travailler ensemble sur une prise en compte de ces espèces protégées dans la gestion de leurs ouvrages d’arts. Sur ce lien, un article au sujet du travail partenarial que nous menons avec le Conseil départemental de l’Aisne, sur cette thématique : cliquez ici


À la suite de cette étude, voici les premières actions de protection et de conservation prévues :
Rédacteurs : Louis Hue, Cécile Prince
Références/Citations :
[1] : Présentation de l’étude “Daubenton des arbres ou Daubenton des moulins : caractéristiques des gîtes des colonies du murin des rivières en Bretagne” par Thomas Dubos & Ronan Nédélec, mars 2026 - 21e Rencontres Nationales Chauves-souris Bourges ;
[2] : Revue bibliographique sur “Le Murin de Daubenton” par Emilian Biteau & Thomas Dubos, Groupe Mammalogique Breton, mars 2024. (url : https://gmb.bzh/wp-content/uploads/2024/04/2024_BiteauDubos-SyntheseBiblio_MurinDaubenton.pdf)
[3] Kyheröinen E.M., S. Aulagnier, J. Dekker, M.-J. DubourgSavage, B. Ferrer, S. Gazar-yan, P. Georgiakakis, D. Hamidovic, C. Harbusch, K. Haysom, H. Jahelková, T. Kervyn, M. Koch, M. Lundy, F. Marnell, A. Mitchell-Jones, J. Pir, D. Russo, H. Schofield, P.O. Syvertsen & A. Tsoar (2019). Guidance on the conservation and management of critical feeding areas and commuting routes for bats. EUROBATS Publication Series
[4] Encarnação J.A. & Becker N.I. (2023). Daubenton’s Bat Myotis daubentonii (Kuhl, 1817). In : Russo, D. (eds) Chiroptera. Handbook of the Mammals of Europe. Springer, Cham. https://doi.org/10.1007/978-3-030-44029-9_49
[5] Meschede A. & Heller K.G. (2003). Ecologie et protection des chauves-souris en milieu forestier. Soc. Française pour l’Étude et la Protection des Mammifères
[6] Lučan R.K. & Radil J. (2010) Variability of foraging and roosting activities in adult females of Daubenton’s bat (Myotis daubentonii) in different seasons. Biologia 65(6):1072–1080
[7] Encarnação JA (2012). Mating at summer sites : Indications from parentage analysis and roosting behaviour of Daubenton bats (Myotis daubentonii). Conservation Genetics, 13(4), 1161– 1165. https://doi.org/10.1007/s10592-012-0343-0

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