Protection des busards

La protection des busards en Picardie : saison 2026

Publié le 14 septembre 2026 par Mélina FOUCAULT

Cette opération menée depuis plusieurs décennies par l’association, consiste à protéger les nichées de busards durant les moissons. Elle nécessite de repérer les nids dans les champs de céréales, réaliser un travail de médiation avec les agriculteurs, poser des protections grillagées et s’assurer du bon déroulement de la nidification jusqu’à l’envol des jeunes.
Au sein de Picardie Nature, pour l’année 2026, l’équipe était composée de trois salariés permanents, une salariée en CDD, un stagiaire et une volontaire en service civique. De nombreux bénévoles nous ont secondés dans cette action, parfois quotidiennement et sur de larges secteurs de la Picardie. Certains, busardeux de (très) longue date, ont joué un rôle absolument essentiel dans la prospection et la surveillance de certains nids.

Un contexte particulier cette année

L’année 2026 promettait d’être exceptionnelle pour les busards en Picardie dès le début de la saison, avec un nombre très élevé de couples et nids découverts. Il est probable que les efforts de prospections de plus en plus importants au fil des années, mais aussi la réussite des protections des années précédentes n’y soient pas pour rien !

Malheureusement, vous ne serez pas passé à côté de cette année particulièrement sèche et de ses canicules à répétition. Les busards, comme la majorité du reste de la faune, ont été fortement impactés de trois manières différentes :
- les températures exceptionnellement élevées, notamment en juin en pleine saison de couvaison et de développement des jeunes. En Picardie, les busards semblent avoir relativement bien supporté les chaleurs, mais la mortalité est catastrophique dans certaines régions.
- les orages très violents ont provoqué des verses importantes des cultures avec destruction des nids. Certains secteurs, comme autour de Ravenel (60) dans le plateau picard, ont été dévastés.
- les travaux de fauche ont eu lieu extrêmement tôt dans la saison, limitant les chances d’envol avant la moisson, et nécessitant un redoublement d’effort et de surveillance pour les protections.
De plus, la mise en place de parcelles de CIVE (cultures pour les méthaniseurs moissonnées avant maturité) a également conduit à la destruction de certains nids très tôt dans la saison. S’ajoutent à cela des destructions volontaires, fort heureusement en large minorité (une nichée de 4 jeunes dans le nid et 1 jeune à l’envol).

En parallèle, une grande partie des nids ont été plutôt tardifs cette année, avec une part importante de jeunes à l’envol en août. Cela pourrait être lié à un décalage de la reproduction des busards à cause de divers dérèglements, ou simplement à des installations suite à la perte d’un premier nid (ponte de remplacement).

Les nids en zone agricole

En 2026, ce sont donc 56 nids qui ont été découverts en zone agricole. La différence avec l’année précédente est énorme : seulement 12 nids dans les cultures en 2025 (dont un seul de Busard cendré). Au total, 108 jeunes ont été observés à l’envol contre seulement 38 en 2025 et 57 en 2024 ! L’aide des bénévoles en plus de toute l’équipe a été essentielle afin de repérer et protéger ce grand nombre de nids.

Cette année, le suivi n’aura concerné que trois des quatre espèces de busards connus en Picardie : le Busard cendré, le Busard Saint-Martin et le Busard des roseaux. En effet, le Busard pâle n’a pas niché dans notre secteur. En revanche, une nichée de plusieurs jeunes a été découverte et protégée par nos collègues du Groupe Ornithologique et Naturaliste du Nord et du Pas-de-Calais. L’espèce est donc à nouveau nicheuse dans les Hauts-de-France avec de nouveau 4 jeunes à l’envol !.

En 2026, on remarque un faible taux de réussite (36 %) pour le Busard des roseaux, mais un nombre moyen de jeunes par nid plutôt bon (en 2024 et 2025, il y avait eu 75 % de réussite pour seulement 2,7 jeunes en moyenne par nid). Les busards gris s’en sortent nettement mieux, avec une augmentation par rapport aux années précédentes, avec un taux de réussite de 60 % pour le Busard Saint-Martin et 70 % pour le Busard cendré, contre approximativement 50 % pour ces 2 espèces en 2024 et 2025. Les Busards cendrés qui ont privilégié les cultures de blé (100 %), n’ont pas été concerné par les fauches précoces de CIVE, d’orge et d’escourgeon.
L’année a été très favorable pour le Busard Saint-Martin en termes de production : les nids en succès ont conduit à l’envol de 3,9 jeunes en moyenne, avec très peu de perte au sein des fratries. Les couples de Busard cendré ont eu une production plus faible, ce qui est normal pour cette espèce un peu moins productive.

La protection des nids cette année en zone agricole

Comme mentionné plus haut, la précocité des moissons et la tardiveté des nichées ont conduit de nombreux nids à être protégés : 32 protections ont été mises en place, permettant l’envol de 90 jeunes, dont 69 n’étaient pas à l’envol avant la moisson !

Les protections utilisées ont été très majoritairement des cages avec une structure en fer grillagée de 1m20 de côté, dites « CNRS », avec des canisses autour pour limiter la visibilité par les prédateurs et apporter un peu d’ombre.

Enfin, on peut estimer le taux d’échec total s’il n’y avait pas eu de protection, estimation sous-évaluée en considérant que les nids protégés avec envol avant moisson auraient tous survécu (sans prédation ni autre élément extérieur). En zone de culture agricole durant l’année 2026 s’il n’y avait pas eu de protection, au moins 86% des nids de Busards des roseaux, 72% des nids de Busard Saint-Martin et 88% des nids de Busard cendrés auraient été en échec. Bien que pourtant sous évaluée, le constat sur l’utilité de protéger les nichées est sans appel !

Dans l’ensemble, comme les années précédentes la médiation auprès des exploitants agricoles s’est bien passée. Certains agriculteurs ayant été contactés précédemment (nids les années précédentes voire cette année) ont d’eux-mêmes signalé des nids, d’autres se sont montrés très intéressés voire ravis d’accueillir des busards dans leurs parcelles, étant une espèce active dans la régulation des rongeurs au sein de cultures. Il a tout de même subsisté quelques exploitants moins coopérants, et l’intervention de l’OFB a été nécessaire pour l’un d’entre eux, qui a permis de trouver un compromis et d’emmener 5 jeunes Busard Saint-Martin à l’envol. Dans tous les cas, nous voyons une évolution sur la considération du busard dans les plaines agricoles et nous avons bon espoir que, épaulé par les agriculteurs déjà convaincus, cela se passe de mieux en mieux !

Les nids en milieux naturel

En plus des nids en zone agricole, plusieurs nids en milieux naturels ont été découverts. Hors exceptions, ces nids ne nécessitent pas d’intervention. Cette année cependant, un nid était situé dans une coupe forestière dont le broyage était prévu en juillet : les agents ont été prévenus et ont été tenus de faire attention à laisser un grand carré autour de la zone de nid.
Deux nids et un couple de Busard Saint-Martin ont été identifiés dans un boisement : 7 jeunes ont pu être comptés en vol au total pour les deux nids.
Au Marais de Sacy, quatre nids de Busard des roseaux et un nid de Busard Saint-Martin ont été observés en roselière (4 jeunes Busard des roseaux ont pu être visibles en vol).
Deux autres nids (2 et 3 jeunes à l’envol) et un autre couple de Busard des roseaux ont été observés dans d’autres roselières.

Quelques faits marquants

On peut citer :
- des cailloux remplaçant des œufs dans les nids de Busards cendré ont été signalés par les busardeux des autres régions. Un cas a également été repéré en Picardie ;
- un potentiel déplacement d’un petit par la mère a été observé : fait particulièrement exceptionnel. En effet, après un léger déplacement du nid lors de la mise en place de la protection (liée au terrain pour limiter la prédation), le jeune a été retrouvé le lendemain en dehors de la cage, à l’emplacement de l’ancien nid ;
-  un accident avec une cage de protection « CNRS », concernant une femelle qui s’est coincée la patte et s’est malheureusement grièvement blessée en s’en dégageant ;
- deux jeunes Busard cendré ont été conduits en centre de soin après avoir été blessés par les moissonneuses-batteuses. L’un d’eux a été relâché en septembre, juste à temps pour la migration ;
- quatre jeunes Busard cendré ont été retrouvés morts intacts à quelques jours de l’envol sans explications apparentes (fortes chaleurs ? mort des parents ?) ;
- une mention spéciale avec la protection d’un nid de Busard cendré, découvert le jour même de la moisson ! Grâce à la réactivité et les contacts des bénévoles du secteur et de la salariée d’astreinte, il n’a suffit que de quelques heures après découverte du couple pour identifier l’exploitant de la parcelle, communiquer avec lui et mettre en place la protection !

Remerciements

Un grand merci à tous les bénévoles de plus en plus nombreux à s’investir dans l’action. Leur aide précieuse dans la découverte de nids et leur réactivité a permis de sauver des nichées, parfois de justesse !
Les discussions sur le groupe WhatsApp ont été riches tout au long de la saison, avec des échanges sur le repérage des nids, le déroulé des protections, agrémentés de belles photos !
Plusieurs communications ont été réalisés dans les médias comme Reporterre ; « Sans notre intervention, il n’y aurait quasiment plus de busards en France » : comment agriculteurs et écologistes protègent ces oiseaux des champs ou encore Ici Picardie : Pour protéger les nids de busards menacés par les moissons, une association installe des carrés grillagés dans les champs
Enfin, on peut tout spécialement remercier Max FRANÇOIS (le stagiaire), Mélina FOUCAULT (la service civique), ainsi que Marie-Sarah SCHIARATURA (en CDD) pour leur précieuse implication !


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